Emmanuel Macron et le populisme des autres

Emmanuel Macron ne cesse pas de critiquer les régimes hongrois et polonais depuis son investiture en tant que président de la République Française. Certes, ces régimes sont populistes, limite autoritaires, mais y a-t-il une stratégie derrière ces critiques?

 

macron

Macron a eu recours à une méthode (probablement la seule) très efficace pour contrer le populisme avant les élections présidentielles en France: décortiquer ses arguments pour prouver qu’ils ne répondent pas aux préoccupations de la population, au contraire, ils se basent sur des mensonges ou des fausses vérités. A-t-il prévu de recourir à la même méthode dans le cas de ses camarades européens ou se contenteras-t-il de faire beaucoup de bruits pour rien?

 

L’histoire de la montée du populisme en Pologne et en Hongrie montre des ressemblances. Dans les deux pays le parti actuellement au pouvoir a gagné avec un écart impressionnant après que le gouvernement précédent soit noyé dans les scandales après huit ans d’exercice. Mais la situation économique est très différente d’un pays à l’autre. En Pologne la croissance est stable, le PIB a augmenté de 20% depuis 2007, alors que la Hongrie peine à retrouver son dynamisme économique, malgré son rôle de leader après la chute du mur de Berlin. Pire encore, le pouvoir d’achat du hongrois moyen s’est sensiblement détérioré, avec un salaire moyen à 26% et un niveau de prix à 60% de la moyenne européenne.

 

L’adhésion à l’Union Européenne en 2004 y est pour quelque chose. Alors que les pays de l’Europe centrale ont ouvert leurs frontières à la concurrence occidentale du jour au lendemain, ils ont dû attendre 2 ans pour bénéficier pleinement des fonds structurels et de cohésion, jusqu’à 7 ans pour accéder au marché du travail des autres Etats Membres, et 9 ans pour profiter sans limite des subventions de la Politique Agricole Commune. Sur le long terme tout cela devait s’équilibrer, bien sûr, avec une augmentation des salaires grâce au développement économique induit par les fonds de convergence. Mais après 13 ans, il n’en est toujours rien.

 

Dans cet état général de désespoir, le parti conservateur (FIDESZ) hongrois semblait proposer une solution. Leur hypothèse de départ était que la convergence n’aura jamais lieu, puisque les pays occidentaux protègent leur marché. Donc, il est temps que la Hongrie protège aussi le sien.

 

Si Emmanuel Macron était prêt à « exporter » sa méthode pour contrer le populisme, il pouvait aisément voir que c’est cette crainte qu’il faut dissiper pour ôter aux forces populistes leur base. Donc, un discours hostile aux travailleurs étrangers, la menace de lier les fonds structurels à des critères politiques, un éventuel lancement de la procédure d’infraction sont clairement contre-productifs. Il serait en revanche absolument nécessaire de renforcer le contrôle des fonds structurels pour freiner la corruption qui prend des mesures exorbitantes. Après tout, le rôle des fonds est exactement de provoquer la convergence qui permettrait aux travailleurs hongrois de toucher des salaires avoisinant la moyenne européenne. Le parti d’extrême droite hongrois (Jobbik) a déjà lancé une collecte de signature en vue d’un référendum européen sur l’ « union salariale » qui, selon leurs revendications, obligerait les Etats membres d’honorer le même travail avec le même revenu à travers l’Europe.

 

Les objectifs de l’Est et de l’Ouest européens sont donc communs : la convergence. Le seul point où nos points de vue divergent c’est le moyen d’y arriver. Les leaders occidentaux semblent ignorer ce que les économistes savent pertinemment: que la convergence ne signifie pas une égalisation vers le haut mais le resserrement des écarts autour des valeurs moyennes…

 

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